Pour qui votent-ils au provincial?

Nous voilà maintenant à ce qui est fort probablement l’un des éléments les plus intéressants de l’étude. J’ai demandé aux répondants de dire pour qui ils croient que les journalistes ou chroniqueurs votent lors des élections provinciales et fédérales. J’ai aussi demandé aux gens de dire s’ils croient qu’ils voteraient OUI ou NON lors d’un hypothétique référendum sur la souveraineté du Québec. Le billet d’aujourd’hui se concentrera sur la perception des répondants quant au vote provincial des journalistes et chroniqueurs. Pour plus de détails sur les données, voir la section «Méthodologie et données».

Encore une fois, comme l’échantillon n’est pas représentatif, les précautions dont j’ai parlé dans le premier billet (et que j’ai précisées dans le second) doivent s’appliquer, ce même s’il y a plus de 1550 répondants. L’élément d’intérêt est de comparer les réponses des répondants en fonction de différents facteurs et je le ferai ici encore une fois en comparant les réponses en fonction de l’intention de vote des répondants. 

Par ailleurs, au-delà des partis politiques eux-mêmes, il est aussi intéressant de se pencher sur la proportion de répondants qui admettent ne pas savoir pour qui un journaliste ou chroniqueur vote. De manière générale, la proportion de gens qui affirment ne pas le savoir peut aussi nous renseigner sur le niveau de certitude de plusieurs types d’électeurs quant aux intentions de vote des journalistes et chroniqueurs. Dans les figures qui suivent, j’ai donc également intégré le pourcentage de répondants qui affirment ne pas savoir pour quel parti vote un journaliste ou chroniqueur et ceux-ci sont placés en «ordre de certitude» pour chacun des groupes d’électeurs. Cette proportion est en gris et se lit de gauche à droite. Les réponses des répondants qui pensent savoir pour quel parti votent les journalistes et chroniqueurs se lisent de droite à gauche et sont classifiées par les couleurs identifiant les partis politiques provinciaux.

voteprov_all

La figure ci-dessus rend compte des résultats pour tous les répondants sans égard à leur propre intention de vote. Nous voyons donc qu’Alec Castonguay et Sébastien Bovet sont les deux journalistes pour qui le plus de répondants affirment ne pas savoir pour qui ils votent. À l’inverse, Jean Lapierre est celui envers qui les répondants ont le moins de doutes. Clairement, une très large proportion de répondants pensent que Jean Lapierre vote pour les libéraux. Évidemment, M. Lapierre a son histoire politique personnelle, ce qui explique largement les résultats à son égard. Cela ne veut absolument pas dire que M. Lapierre soit biaisé, mais simplement que les répondants connaissent son histoire, beaucoup l’apprécient, et en tiennent simplement compte lorsqu’ils écoutent ses analyses.

La perception du vote provincial chez les électeurs libéraux

La figure suivante rend compte des résultats chez les électeurs libéraux. Alec Castonguay et Sébastien Bovet sont encore une fois ceux pour qui les répondants sont les plus incertains, mais pour ceux qui pensent savoir pour qui ils votent, une proportion plus grande de répondants croit qu’ils votent pour d’autres partis que le PLQ.

voteprov_plq

Jean Lapierre est encore une fois celui envers qui les libéraux ont le moins d’incertitude et la quasi-totalité des libéraux pense qu’il vote pour leur parti. Parmi les libéraux qui tentent une réponse, Chantal Hébert, Yves Boisvert et Gilbert Lavoie sont ceux pour qui les répondants libéraux ont le plus tendance à croire qu’ils votent comme eux. Notons finalement que mis à part Vincent Marissal pour qui ils semblent un peu plus partagés, les répondants libéraux ont nettement tendance à penser que tous les autres chroniqueurs votent pour le PQ, ou la CAQ dans le cas de Richard Martineau.

La perception du vote provincial chez les électeurs du PQ

La figure suivante rend compte des perceptions pour les électeurs du PQ. La différence avec les réponses des électeurs libéraux est ici frappante. Alors que beaucoup d’électeurs libéraux pensent que les journalistes et chroniqueurs votent pour le PQ, les électeurs péquistes pensent à l’inverse qu’une vaste majorité vote pour le PLQ.

voteprov_pq

Antoine Robitaille et Josée Legault se démarquent en ce qu’une large proportion d’électeurs péquistes croient qu’ils votent comme eux. Notons aussi que pour les péquistes qui tentent une réponse, une très nette proportion de répondants croit que Chantal Hébert, Yves Boisvert, Gilbert Lavoie et Vincent Marissal votent tous pour le PLQ. Les répondants péquistes sont plus divisés à l’égard d’Anne-Marie Dussault, même si une plus large proportion d’entre eux pensent aussi qu’elle vote pour le PLQ. Finalement, une très large proportion des électeurs du PQ croit que Richard Martineau vote pour la CAQ et ils sont très divisés à l’égard de Patrick Lagacé.

La perception du vote provincial chez les électeurs de la CAQ

La figure suivante rend compte cette fois des résultats pour les électeurs de la CAQ. Un peu comme les libéraux, et contrairement aux péquistes, les caquistes ont nettement tendance à croire que la plupart des chroniqueurs ou journalistes votent pour le PQ. En les comparant aux libéraux, on se rend compte que les caquistes ont cependant aussi un peu plus tendance à penser que certains chroniqueurs votent comme eux.

voteprov_caq

Tout comme les libéraux, les caquistes pensent que Chantal Hébert, Gilbert Lavoie et Yves Boisvert votent pour le PLQ. Une très nette majorité pense aussi que Richard Martineau vote pour la CAQ. Ainsi, les perceptions des caquistes sont sensiblement similaires à celles des libéraux, avec cette petite différence qu’ils ont un peu plus tendance à croire que certains journalistes et chroniqueurs votent comme eux.

La perception du vote provincial chez les électeurs QS

Finalement, la figure suivante rend compte des résultats pour les électeurs de Québec solidaire. En les comparant aux réponses des électeurs des autres partis, il est frappant de constater que les électeurs de QS ont beaucoup plus tendance à affirmer ne pas savoir pour qui les journalistes ou chroniqueurs votent.

voteprov_qs

Un peu comme les caquistes, les électeurs solidaires ont un peu plus tendance à penser que certains journalistes ou chroniqueurs votent comme eux. Notamment, Patrick Lagacé est celui envers qui les électeurs de QS ont le plus tendance à croire qu’il vote solidaire. Ceci étant, près de la moitié de ceux qui tentent une réponse croit aussi qu’il vote pour un autre parti que le leur. Encore une fois, les électeurs de QS ont aussi nettement tendance à croire que Richard Martineau vote pour la CAQ. Notons finalement que, contrairement aux électeurs des autres partis, les électeurs de QS ont moins tendance à croire qu’une large majorité de journaliste ou chroniqueurs votent soit systématiquement pour le PQ ou le PLQ.

Conclusion

Le premier élément qui ressort très clairement des données est d’abord que les électeurs de la CAQ, du PLQ et du PQ ont très nettement tendance à penser que la majorité des journalistes ou chroniqueurs sont hostiles à leur parti. Les caquistes et les libéraux pensent que la majorité vote pour le PQ, alors que les péquistes pensent que la majorité vote pour les libéraux. Les électeurs de QS ont quant à eux des perceptions beaucoup plus variées suivant les différents journalistes ou chroniqueurs. Ils sont aussi ceux qui ont le plus tendance à affirmer ne pas savoir pour qui ils votent.

Québec solidaire et la CAQ sont les deux plus «petits» partis, et l’on voit que ces électeurs ont également un peu plus tendance à croire que certains journalistes et chroniqueurs votent comme eux, même si dans les deux cas ils croient que presque tous ne votent pas comme eux. Comme beaucoup d’autres, les caquistes ont tendance à croire que Richard Martineau vote pour la CAQ, mais les électeurs solidaires n’ont personne en qui ils croient majoritairement qu’il ou elle vote comme eux. Ils ont un peu plus tendance à croire que Patrick Lagacé vote pour QS, mais ils ne sont pas une majorité à le croire. Même Josée Legault, qui est ouvertement la plus à gauche de tous les journalistes et chroniqueurs de l’étude, n’est pas perçue par les solidaires comme votant clairement pour leur parti.

Dans tous les cas, Alec Castonguay et Sébastien Bovet sont systématiquement ceux envers qui les répondants ont le plus tendance à affirmer ne pas savoir pour qui ils votent. Dans presque tous les cas, Chantal Hébert les suit de près. À l’inverse, Jean Lapierre et Richard Martineau sont ceux envers qui les répondants ont le plus tendance à affirmer penser savoir pour qui ils votent. Dans le cas de Jean Lapierre, la quasi-totalité des répondants pense qu’il vote pour le PLQ alors qu’ils sont un peu plus divisés dans le cas de Richard Martineau. Dans son cas, une nette majorité de répondants pensent qu’il vote pour la CAQ, mais d’autres pensent aussi qu’il vote pour le PQ ou les libéraux.

Finalement, j’espère que ces résultats permettront de nuancer l’interprétation que certains ont faite des résultats jusqu’à présent. La publication du premier billet a produit une variété de propos qui se fondaient sur l’étude pour affirmer que les médias sont biaisés. Or, ce que les résultats de ce billet montrent, c’est aussi que ceux qui ont une préférence politique clairement définie ont une certaine tendance à percevoir l’univers médiatique comme étant légèrement en défaveur de leur propre option. La question de savoir si cette perception est fondée ou non est une tout autre question.

Je vous invite à souscrire au blogue pour recevoir des notifications par courriel lors de la publication des prochains billets. Le prochain prendra une forme similaire à celui d’aujourd’hui, mais s’intéressera cette fois au vote fédéral des journalistes et chroniqueurs. N’oubliez pas de partager le billet sur Facebook et Twitter!

6 commentaires

  1. Toujours très intéressant Alexandre. Ce qui ressort de tous ces billets en ce qui me concerne c’est la recherche de l’objectivité. Même si je suis un fédéraliste convaincu j’essaie toujours de sortir le côté objectif de la plupart des intervenants en leur attribuant un handicap comme au golf. A titre d’exemple il est beaucoup plus facile avec des Sébastien Bovet et Alex Castonguay qui sont d’après moi les plus objectifs. Mais on réussi à sortir des choses intéressantes avec handicap auprès des Michel David et Patrick Lagace du côté péquiste et des Gilbert Lavoie et Chantal Hebert du camp libéral. Mais là où l’exercice s’avère pratiquement impossible c’est avec des Jean Lapierre et Josee Legault.

  2. Bonjour Alexandre,

    Je me demandais s’il y avait possiblement un lien à faire entre le niveau d’éducation d’un électeur (je pense notamment au fait que les électeurs de QS sont souvent plus éduqués que la moyenne) et la reconnaissance de leur ignorance ou de leur incertitude quant à l’intention de vote de ces chroniqueurs ? Est-il possible que les électeurs moins éduqués ou moins sophistiqués ont plus tendance à projeter leur appréhension d’un biais défavorable quant à leur option politique préférée sur les chroniqueurs/journalistes que ceux qui le sont davantage ? Ce qui, je crois, rejoint une idée que tu as exposé dans le deuxième billet selon laquelle les électeurs moins éduqués sont plus enclins à penser que les journalistes sont biaisés et, peut-être, par extension, que les institutions politiques sont peu fiables ?

    Merci,

    Camille

    1. C’est une hypothèse que j’ai l’intention d’explorer, mais je ne mettrai pas de résultats de modèles de régression ici, ça endormirait tout le monde! Ceci étant, le niveau de sophistication politique dans l’échantillon est très élevé. La très vaste majorité des répondants sont très informés si on compare les résultats avec ce qu’on obtient dans un échantillon représentatif. Ce qui veut dire qu’il faudrait vraiment que l’effet potentiel soit très fort pour que je puisse le détecter étant donné le manque de variance dans le niveau de sophistication.

    2. M. Robitaille, SVP, pouvez-vous utiliser d’autres mots ou expressions que “ignorant” et “moins éduqué.” L’utilisation de ce vocabulaire est dégradant à mon avis. De plus, affirmer que les gens qui vote QS sont plus éduqué que les autres, ça aussi c’est irrespectueux envers les autres.

      Le biais politique des journalistes est omniprésent depuis des années et ce pas seulement au Québec et au Canada. Ce qui serait bien c’est que chacun des journalistes affirme de quel côté ils sont soit de droite ou de gauche avant de faire des commentaire. Certains le font et ceux qui affirment qu’ils sont neutre, ils manquent de respect envers les lecteurs/auditeurs.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *